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La grande nacre de Méditerranée sous surveillance

04/01/2019 Patrimoine naturel - Connaissance - Aires marines protégées - Patrimoine culturel

Face aux importants phénomènes de mortalité de la grande nacre qui touche les côtes de Méditerranée française (voir encadré), l’Agence française pour la biodiversité et les principaux acteurs (scientifiques, gestionnaires d’aires marines protégées, services de l’État, établissements publics…) ont acté des principes d’action même si le manque de connaissance du virus ne permet pas pour l’heure d'endiguer l'épidémie.

Cette stratégie qui a déjà permis la mise en œuvre de d’actions opérationnelles repose sur plusieurs axes :

  • L'identification et le suivi des foyers de résistance au parasite – comme les zones lagunaires - notamment à travers le réseau de gestionnaires d’aires marines protégées. Il s’agit principalement d’observer les nacres encore vivantes, de comprendre leur les mécanismes de résistance ou de résilience et de renforcer le suivi de ces espèces patrimoniales qui font déjà l’objet d’attention dans les AMP ;
  • Le prélèvement de nacres en bonne santé pour leur conservation en aquariums. Ce projet est en cours de montage par l’observatoire de Banyuls qui dispose des installations et du concours des agents de la Réserve naturelle et de Cerbère-Banyuls et du parc naturel marin du golfe du Lion. L’objectif est de prélever une cinquantaine d’individus pour essayer de garantir la conservation de l'espèce en aquarium.
  • Le transfert de nacres à plus grande profondeur, dans des eaux plus fraîches,  pour garantir leur chance de survie ou favoriser leur résilience face aux virus dans des eaux plus fraîches est à l’étude. Le Parc national des Calanques et la communauté de communes du golfe de St Tropez sont candidats à l’expérimentation ainsi que la Direction de l’environnement de Monaco dans leurs eaux.
  • Le captage de larves pour réimplantation dans le milieu. L’Institut Paul Ricard a déjà réalisé ce type de captage et a pu réimplanter des individus avec succès dans la lagune des Embiez, classé en site Natura 2000.

La mise en œuvre de cette stratégie de lutte contre la mortalité de la grande nacre et la prolifération du virus bénéficie d’une forte implication des acteurs et de réseaux bien structurés*, comme celui des plongeurs de loisir, qui on peut l’espérer permettront d’obtenir des résultats.

Les bons gestes en faveur de la protection des nacres

Compte tenu de son caractère patrimonial, à forte valeur culturelle, la disparition de la grande nacre ne laisse pas insensible les habitants et usagers de la mer. Si en temps normal, il est déjà conseillé de ne jamais déplacer, toucher cette espèce protégée, la recommandation vaut encore davantage dans le contexte d’épizootie.

* La communauté s’est appuyée en particulier sur le réseau informel animé par le Professeur Nardo Vicente de l’Institut Océanographique Paul Ricard – pour le signalement de mortalité des nacres - et du dispositif de surveillance REPAMO qui réalise les analyses.

 

Année noire pour la grande nacre de Méditerranée, y compris en France

Depuis 2016, un épisode de mortalité massive touche les grandes nacres de Méditerranée, une espèce protégée à l’échelle nationale et listée comme en danger ou menacée à l’échelle méditerranéenne. Cette mortalité a commencé sur la côte méditerranéenne de l’Espagne où la mortalité a atteint 100 % dans certains secteurs.

Un parasite -  un protozoaire du genre Haplosporidium - retrouvé dans la glande digestive des nacres est à l'origine de la mortalité. Le pathogène touche principalement la grande nacre Pinna nobilis et épargne la Pinna rudis, deux espèces présentes dans les eaux de Méditerranée française. On sait peu de chose du parasite sauf que sa prolifération s’accentue avec le réchauffement de la température de l’eau. La mortalité a touché de façon importante les nacres de nos eaux cet été et à l'automne.

La situation en octobre 2018 faisait état de la présence du parasite dans les nacres du golfe d’Ajaccio, du Cap Corse, de Banyuls sur mer, dans la baie de la Ciotat, Alpes-Maritimes et des épisodes de mortalités importantes enregistrées. De nombreux signalements ont été apportés par les gestionnaires d’aires marines protégées, nombreuses sur la façade méditerranéennes et en Corse (réserve naturelle de Cerbère Banyuls, Parc naturels marin du Cap Corse, Parc marin du golfe du Lion, Parc national des Calanques et de Port-Cros, site Natura 2000 de la Corniche varoise). Des analyses sont également en cours sur des nacres en provenance d’autres secteurs (Bouches de Bonifacio, Baie de Calvi, rade de Villefranche….).

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