Partager cette page Imprimer cette page Ajouter cette page à mes favoris Conseiller cette page à un ami Agrandir les caractèresRéduire les caractères

Explorer les vallées sous-marines de Méditerranée pour un premier état des lieux des habitats et des espèces

Le programme « Canyons de Méditerranée » piloté par l’Agence de novembre 2008 à août 2010 est certainement l’opération la plus ambitieuse jamais menée pour améliorer la connaissance de ces vallées sous-marines. Les canyons forment des habitats essentiels à la compréhension et à la gestion de la biodiversité des zones côtières et du plateau continental. Pour les scientifiques et les gestionnaires, les campagnes MEDSEACAN et CORSEACAN répondaient à un besoin important de combler le manque de connaissances de ces espaces marins remarquables en permettant l’acquisition de données pour un premier état des lieux des habitats et des espèces.

Méditerranée : la richesse patrimoniale des canyons

Les canyons, des écosystèmes essentiels pour la compréhension de la biodiversité méditerranéenne

L’or blanc de la grande bleue

Observés en quantité significative et dans un bon état écologique dans les canyons Lacaze-Duthiers face à Port-Vendres et de Cassidaigne face à Cassis, les coraux blancs sont très exigeants : un substrat rocheux, une température de 13° C, une obscurité totale et un flux continu de particules pour s’alimenter. Les bancs, qu’ils forment, constituent un refuge pour de nombreuses espèces. Ce sont de véritables réservoirs de biodiversité.

Les nombreux canyons sous-marins qui entaillent la bordure qu plateau continental méditerranéen sont des zones très riches avec des remontées d’eau (upwelling) très chargées en nutriments qui favorisent notamment la concentration de mammifères et d’oiseaux. Ils forment des habitats remarquables notamment par la présence de coraux profonds d’eau froide et d’espèces biologiques particulières (poissons, crustacés, cnidaires). Ils constituent tout à la fois un lieu de refuge, de reproduction et de nurserie pour de nombreuses espèces. Certaines de ces espèces, d’intérêt commercial (langouste et merlu), sont capturées au niveau du plateau continental à proximité de la côte. La compréhension de ces écosystèmes remarquables va de pair avec la compréhension de la biodiversité des zones côtières et du plateau continental.

Une plongée dans la connaissance

Zone d’étude

La zone d’étude s’étend de la frontière espagnole à la frontière monégasque à des profondeurs comprises entre 150 et 700 mètres. Les différents legs, composées par les mêmes équipes, ont utilisé les mêmes moyens techniques de pointe et la même méthodologie pour chaque exploration. Ce programme de connaissance repose en priorité sur l’acquisition de données grâce à l’imagerie scientifique haute-définition obtenue à partir de sous-marins soit habités soit téléguidés et grâce à des prélèvements sédimentaires et faunistiques.

Un programme multi-partenarial

L’Agence a lancé ce programme avec l’appui d’une trentaine de scientifiques issus des équipes  de l’Ifremer, l’EPHE, le CNRS, l’Institut des sciences de la mer de Barcelone, les universités de Perpignan, de Marseille et de Nice, les stations marines de Villefranche sur Mer et de Banyuls.

Pour la science et la gestion

L’objectif final est d’obtenir un état de référence des écosystèmes entre 100 et 700 m de profondeur, comprenant une information précise sur la présence et la répartition de coraux profonds. Les données acquises, qui totalisent 500 heures de vidéo, des milliers de clichés photographiques et des dizaines de prélèvements, alimenteront la recherche scientifique dans de nombreuses disciplines. Et au-delà de l’amélioration de la connaissance de ces espaces marins remarquables, les résultats de ces campagnes sont précieux pour les gestionnaires et favoriseront une meilleure gestion du patrimoine écologique associé aux canyons de Méditerranée.

Un premier rapport scientifique résumant les observations réalisées confirme l’intérêt écologique des canyons, fournit des éléments de comparaison entre les différentes têtes de canyons, justifie l’intérêt porté par les gestionnaires aux canyons du Lacaze-Duthiers (Parc naturel marin du golfe du Lion) et de Cassidaigne (Parc national des Calanques).

Les données acquises ont été utilisées, en 2011 d’une part pour la définition de l’état initial (directive-cadre européenne Stratégie sur le milieu marin), pour la définition et le périmètre d’aires marines protégées d’autre part. Leur exploitation scientifique est en cours, elle a déjà produit plusieurs publications scientifiques.

L’édition d’un guide des habitats et espèces des têtes de canyons de la Méditerranée française et d’un atlas sont prévues pour l’automne 2012. La présentation de ces ouvrages sera faite à l’occasion d’un colloque scientifique consacré aux résultats des campagnes MEDSEACAN et CORSEACAN.

La campagne CORSEACAN qui a succédé à MEDSEACAN était consacrée à la reconnaissance des canyons de la côte occidentale corse. Les fonds marins et les communautés d’espèces observées sont apparues très différents de ce qui avait été observés sur le continent. Des espèces très rares (gorgones) ou sans doute nouvelles (éponges) ont été remarquées. Le dépouillement de l’ensemble des données acquises devrait être achevé au printemps 2013.