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Parc naturel marin de Mayotte

Le premier masque de msindzano sans corail

13/10/2017 Patrimoine naturel - Patrimoine culturel - Océan Indien

Le masque de beauté traditionnel des femmes mahoraises, msindzano, est obtenu à partir du frottement de bois de santal sur un morceau de corail (porites). Aujourd’hui, malgré une réglementation restrictive datant de plus de 25 ans sur la récolte du corail, de nombreux artisans continuent à sculpter des tabourets à base de porites prélevé dans le lagon, pour la fabrication du masque de msindzano. Dans le cadre de ses objectifs de gestion, le Parc naturel marin de Mayotte, soucieux de préserver à la fois la tradition mahoraise et les récifs, recherche une alternative durable au tabouret de msindzano en corail.

Une tradition mahoraise à préserver

Le masque de msindzano est une tradition féminine de Mayotte qui perdure dans les pratiques contemporaines. En effet, toutes les générations de femmes le portent de manière quotidienne. Utilisé pour protéger la peau du visage, soigner quelques imperfections de peau ou lors d’occasions festives pour s’embellir, le masque de msindzano fait partie du patrimoine culturel mahorais. Il est lié à la mer par le matériau qui permet sa fabrication : le tabouret de porites.

Un impact sur le patrimoine naturel à ne pas négliger

Pour réaliser ce « tabouret » sur lequel les femmes frottent le bois de santal, constituant ainsi le masque de msindzano, de gros morceaux de porites sont sciés dans le lagon. On peut estimer que toutes les femmes mahoraises détiennent un tabouret de porites pour leur usage personnel. Avec le temps, il s’use et peut se casser. En le changeant environ tous les dix ans, une femme possède en moyenne 4 tabourets dans sa vie.

Les colonies de porites peuvent atteindre 5 à 10 mètres de hauteur. Or, avec leur taux de croissance d’environ 1 centimètre par an, il leur faut près d’un millier d’années pour former une telle « patate ».

Le Parc naturel marin de Mayotte a évalué la possibilité de développer des cultures de porites destinées au prélèvement pour conserver cette tradition sans affecter les colonies sauvages des récifs de Mayotte. Or l’étude de cette option fut infructueuse compte tenu de la très faible vitesse de croissance du porites.

D’autres facteurs menacent les récifs, notamment les changements climatiques, les pollutions et l’envasement du lagon. Or l’espèce de corail prélevée pour le msindzano est peu sensible aux épisodes de réchauffement des eaux. Le piétinement, la casse et les prélèvements figurent parmi les menaces d’origine humaine importantes pour cette espèce.

En outre, le Parc naturel marin intervient sur tous les facteurs à sa portée par diverses actions de sensibilisation, de gestion et de contrôle. La recherche d’une alternative aux tabourets en porites fait partie de ces actions.

L’alternative céramique

Le Parc a confié à un prestataire une étude de faisabilité de l’utilisation de céramique pour la fabrication du tabouret de msindzano.

La céramique a des propriétés équivalentes au corail, dont le caractère abrasif recherché pour réaliser le masque local à partir du bois de santal. De plus, ce matériau est facilement reproductible et présente une innocuité complète pour la santé humaine. Il est d’ailleurs utilisé pour fabriquer des prothèses d’os.

Le bureau d’étude a fait plusieurs essais afin d’obtenir le bon équilibre entre la rugosité du matériau et sa porosité. Tout comme le porites, la céramique nécessite un trempage de plusieurs heures avant utilisation et absorbe de moins en moins de pâte au fil des utilisations, tout en conservant ses qualités abrasives. Les différents essais ont été réalisés avec la participation d’une femme mahoraise et en faisant la comparaison avec son tabouret traditionnel en corail.

Un premier prototype de tabouret en céramique a ainsi été obtenu et présenté aux membres du conseil de gestion du Parc lors de leur dernière réunion en septembre.

 

Vers le déploiement du msindzano sans corail…

Fort de cette réussite scientifique, le Parc naturel marin doit maintenant poursuivre l’étude sur son versant économique. Une alternative durable au tabouret en corail exige un développement local du produit. Le Parc évalue maintenant les potentialités de fabrication locale du tabouret en céramique ainsi que son coût unitaire afin qu’il puisse s’inscrire dans l’économie et la société de l’île. 

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