Partager cette page Imprimer cette page Ajouter cette page à mes favoris Conseiller cette page à un ami Agrandir les caractèresRéduire les caractères

Antarctique : un programme scientifique d’éco-régionalisation pour appuyer les efforts de conservation nationaux et régionaux

La France participe de longue date aux efforts internationaux de recherche scientifique antarctique notamment au travers des installations scientifiques permanentes :

  • dans les archipels subantarctiques de Port-aux-Français (Kerguelen, 1949), Paul Martin de Viviès (Amsterdam, 1949) et Alfred Faure (Crozet, 1963-1964),
  • de la base de Terre Adélie,

ainsi que des programmes de l’Institut Paul Emile Victor, du Muséum d’Histoire Naturelle et des centres de recherches scientifiques français.

Faisant partie des 12 premiers Etats signataires du Traité Antarctique, la France l’est également de la Convention sur la Conservation de la Faune et de la Flore Antarctique (CCAMLR).

Une nouvelle implication française au niveau régional : le Programme d’Eco-Régionalisation Français (PERF)

Depuis 2005, des travaux et réflexions sont menés au sein de la Convention sur la Conservation de la Faune et de la Flore Antarctique (CCAMLR) pour la mise en place d’un réseau d’aires marines protégées dans l’océan Austral. En 2011, ces travaux internationaux ont permis de redéfinir des zones à enjeux couvrant à la fois des zones hors et sous juridiction nationale. La France est directement concernée par ces travaux car les zones identifiées intéressent notamment les archipels subantarctiques français de Crozet et Kerguelen ainsi que la Mer Dumont d’Urville au droit de Terre Adélie où se trouve une station française.

Pour contribuer davantage à ces travaux et être force de proposition, la France a donc mis en place, en 2010, un programme d’éco-régionalisation français dénommé PERF visant à la fois à :

  • préciser les enjeux de conservation dans les eaux sous juridiction française. Les analyses françaises se concentrent ainsi sur les secteurs des îles Kerguelen et Crozet en incluant, autant que nécessaire, les zones océaniques environnantes en étroite collaboration avec les organismes scientifiques australiens et d’Afrique du sud ;
  • contribuer aux analyses régionales sur la biogéographie de l’océan Austral en raison des importantes informations et données récoltées par la recherche française qui dépassent les eaux françaises. Le programme français PERF apporte ainsi des éléments très utiles pour le Census of Antarctic Marine Life.

Développé dans un esprit de coopération régionale, ce projet comprend également l’organisation d’ateliers internationaux tels que ceux tenus à Brest en mai et en août dernier, grâce à une collaboration entre l’Agence et l’Institut Paul-Emile Victor (IPEV), accueillant des experts de la CCAMLR ainsi que d’ateliers régionaux comme celui concernant la zone del Cano Crozet afin d’envisager une synergie entre les actions françaises et d’Afrique du Sud.

Un programme en quatre étapes :

  1. compléments de la bio-régionalisation effectuée dans le cadre de la CCAMLR grâce à des analyses des facteurs abiotiques géographiques, topographiques, océanographiques. Cette étape pourra se faire en concertation avec d’autres pays, en particulier l’Australie ;
  2. compléments méthodologiques afin d’effectuer une écorégionalisation en ajoutant des analyses de la distribution des espèces afin de générer des cartographies d’habitats potentiels des principales espèces. Dans le cas des poissons, il s’agit de cartographier, pour les espèces principales, les habitats essentiels à leur cycle de vie (frayères, nourriceries, distribution des adultes,…). Pour les autres espèces, il s’agira de réaliser la cartographie des présences (espèces rares) ou de leur habitat potentiel basé et pour les prédateurs supérieurs, il s’agira d’indiquer les aires de présence des espèces mais aussi, si possible, les zones de nutrition ;
  3. développement d’une approche de gestion basée sur les écosystèmes (EBA Ecosystem based management) qui permettra de superposer les informations écologiques avec celle de l’utilisation économique des zones étudiées ;
  4. élaboration d’une procédure pour désigner des aires marines protégées et leur niveau de protection.

Un partenariat avec les Terres Australes et Antarctiques françaises et les chercheurs français

Pour la réalisation du programme PERF, l’Agence a conclu un partenariat étroit avec les TAAF ainsi que plusieurs laboratoires et centres de recherches scientifiques français (MNHN, Observatoire océanologique de Villefranche sur Mer, CNRS de Chize). Ce programme vise à approfondir les travaux régionaux en cours au sein de la CCAMLR afin d’apporter des précisions sur le patrimoine naturel, la distribution des espèces ainsi que les activités humaines.

Des actions conjointes pour la préservation des écosystèmes marins

Grâce au partage des travaux scientifiques, la réunion des experts de la CCAMLR à Brest en août 2011 a permis l’élaboration d’une proposition conjointe par la France et l’Australie d’un réseau de sept AMP dans l’Est Antarctique.

Un partenariat scientifique et politique est en voie avec l’Afrique du Sud sur la zone Del Cano Crozet.

Un renforcement des actions françaises de conservation

Le patrimoine biologique encore presque intact des îles australes françaises est d’une richesse et d’une importance considérable. Plantes et animaux présentent des adaptations originales qui se sont développées au cours de plusieurs millions d’années d’évolution dans un isolement total, à des milliers de kilomètres de tout continent.
Les îles françaises sub-antarctiques sont les plus vastes des rares terres émergées de l’océan Indien sud. Elles constituent des sites cruciaux pour les espèces marines se reproduisant à terre. Elles sont notoires pour abriter une part très importante de l’avifaune de l’océan Indien sud, en accueillant 34 espèces d’oiseaux marins et 2 espèces endémiques d’oiseaux terrestres (le petit bec-enfourreau, Chionis minor, et le canard d’Eaton, Anas eatoni). Sur ces 34 espèces :

  • 11 figurent sur la liste rouge de l’UICN ,
  • 7 présentent un statut d’espèces « vulnérables »,
  • 3 un statut d‘espèces en danger » et
  • 1 « en danger critique d’extinction » : l’albatros d’Amsterdam (Diomedea amsterdamensis) dont l’unique population actuelle est estimée à 180 individus (30 couples reproducteurs sur site par an).

L’archipel Crozet héberge la plus vaste colonie mondiale de manchots royaux (Aptenodytes patagonicus), les plages de Kerguelen accueillent la seconde population mondiale d’éléphants de mer du sud et les eaux côtières de l’archipel abritent la seule population d’une sous-espèce du dauphin de Commerson (Cephalorynchus commersonii ssp.). D’importantes colonies d’otaries de Kerguelen (Arctocephalus gazella) et d’otaries d’Amsterdam (A. tropicalis) s’y reproduisent.
La préservation de ces territoires joue ainsi un rôle majeur dans le maintien de la biodiversité au niveau international. Tels sont les enjeux de la réserve nationale des TAAF, la plus grande de France, qui couvre une superficie de 22 700 km2 dont 7 000 km2 de domaine terrestre et 15 700 km2 de domaine maritime compris dans les eaux territoriales (jusqu’à 12 miles nautiques) des îles de Saint Paul, Amsterdam, des îles des Pingouins, des cochons et des Apôtres, de l’île de l’Est et pour partie de Kerguelen.
Ces efforts de conservation devraient être encore confortés et approfondis afin d’appréhender au mieux l’écologie de ces espèces et le fonctionnement des écosystèmes. L’essentiel des ressources alimentaires de ces espèces se trouve en effet en mer.
Les informations et données scientifiques issues du programme d’éco-régionalisation PERF ont pour objectif de servir de base à la mise en place de nouvelles mesures de protection et de gestion.