Campagne océanographique de reconnaissance de l’archipel des Marquises
Une analyse éco-régionale de la Polynésie française co-réalisée en 2010 par l’Agence et WWF a souligné le caractère exceptionnel de l’archipel des Marquises. Malgré des connaissances limitées, cet archipel, l’un des plus isolés au monde, montre une biodiversité plus importante que dans les autres archipels et des habitats et espèces peu perturbées. Par ailleurs, la campagne REMMOA de survol aérien a révélé d’importantes populations de plus d’une dizaine d’espèces de mammifères marins. La présence de ces nombreux prédateurs supérieurs atteste de la richesse du milieu. Ces éléments confirment que les Marquises présentent des enjeux de conservation considérables qui font d’ailleurs l’objet d’une demande de classement au patrimoine mondial de l’Humanité.
Une biodiversité marine exceptionnelle
Les Marquises forment un archipel de treize îles quasiment dépourvu de constructions récifales. Elles possèdent, en revanche des récifs envoyés, particularité géomorphologique unique en Polynésie.
Cet archipel concentre une richesse spécifique avec des espèces que l’on ne retrouve pas ailleurs (endémisme). Le taux d’endémisme connu semble être l’un des plus forts de l’Indo-Pacifique faisant des Marquises un des hot-spot de la biodiversité marine mondiale.
Proche de l’équateur, les eaux des Marquises bénéficient d’un enrichissement en plancton et nutriments important. Cette caractéristique, atypique dans cette partie du Pacifique, est à l‘origine d’importantes ressources halieutiques, particulièrement en thonidés. Dans les eaux marquisiennes, on considère que 11% des poissons côtiers actuellement recensés sont spécifiques de l’archipel (il s’agit d’espèces endémiques positionnant l'archipel au niveau du 3ème site d’endémisme de l'océan Pacifique) et 10% des mollusques marins. Par ailleurs, onze espèces de cétacés y sont observées dont dix de delphinidae avec une abondance élevée et dix espèces de requins. La présence de nombreux oiseaux et de mammifères marins observés durant la campagne REMMOA de 2011, qui a couvert l’ensemble de la Polynésie française, confirme la richesse trophique exceptionnelle du milieu marin mais néanmoins fragile.
Ainsi, la zone maritime des Marquises semble présenter d’importants enjeux de gestion, du fait de son patrimoine mais aussi de ses ressources halieutiques, source de développement mais aussi de pressions potentielles compte tenu de sa richesse en thonidés. Å ce jour, les autorités polynésiennes ne délivrent pas de licences de pêche aux thoniers étrangers dans les eaux polynésiennes.
L’Agence, dans le cadre d’un accord de coopération, apporte un appui technique au Gouvernement polynésien en matière de création et de gestion d’aires marines protégées. L’archipel des Marquises est actuellement en cours d’inscription au patrimoine mondial de l’humanité. Ce projet ne concerne aujourd’hui que le milieu terrestre, mais compte tenu des enjeux, une réflexion est amorcée concernant l’opportunité d’inclure des parties maritimes. En effet, au-delà de l’intérêt patrimonial, la zone sous juridiction située autour des Marquises présente des enjeux halieutiques importants qui peuvent conduire à réfléchir à une gestion durable du milieu marin, impliquant les usagers locaux.
Une campagne de reconnaissance dans les eaux de l’archipel des Marquises
Les Marquises, archipel très isolé et peu accessible, n’a fait jusqu’ici que l’objet d’explorations ponctuelles, ciblées et de courte durée.
Pour compléter les données disponibles, l’Agence, avec l’appui des équipes scientifiques de l’IRD , du CNRS, de l’Ifremer et du MNHN, et de nombreux autres organismes de recherche français et étrangers a lancé, en automne 2011, une campagne océanographique de reconnaissance dans les eaux marquisiennes.
Pluridisciplinaire, cette campagne de 80 jours d’observation concerne la zone côtière et le large. Elle implique une quarantaine de scientifiques avec au programme : inventaires des espèces, connaissance de leur limite de répartition et écologie.
Le travail réalisé sur place fait appel à différentes techniques :
- reconnaissance par des plongeurs jusqu’à des profondeurs d’une trentaine de mètres, complétée par une exploration à l’aide d’un robot sous-marin jusqu’à 700m de profondeur,
- suivi de DCP (dispositif de concentration de poissons) pour l’inventaire et l’étude des espèces pélagiques hauturières,
- utilisation d’un glider (planeur sous-marin autonome) pour l’étude physico-chimique de la masse d’eau,
- prises de photos, de vidéos, collectes d’échantillons….
Une campagne en partenariat avec les Polynésiens et les Marquisiens
Logo de la campagne
Originale par son ampleur et son caractère pluridisciplinaire, cette campagne l’est aussi par son montage institutionnel qui regroupe autour du projet la Polynésie française, les élus des Marquises et l’Etat. Elle a également fait une très large place à la société civile qui a participé à son organisation, depuis 2010, et qui a été impliquée dans son suivi. De nombreuses réunions publiques de restitution « à chaud » se sont tenues par les équipes scientifiques à chaque étape de la campagne, des programmes pédagogiques ont été élaborés dans les collèges marquisiens, des visites scolaires se sont déroulées sur le navire scientifique. La campagne doit d’ailleurs son nom et son logo à un jeune Marquisien, gagnant d’un concours de dessins. Baptisée Pakaihi te mana, le nom de la campagne signifie "respect de l’océan" en marquisien.
Les premiers résultats
Cette campagne qui a débuté fin octobre 2011 s’est achevée fin févier 2012, pour un total de 80 jours de mer.
L’exploration de grande ampleur (plus de 5000 km de navigation, 130 sites explorés en 1800 heures de plongée, une vingtaine de plongées ROV…) a permis :
- d’inventorier plus de 400 espèces de poissons côtiers, une trentaine d’espèces de coraux, une centaine d’espèces d’algues,
- d’explorer des milieux jusqu’ici totalement inconnus (grands fonds, grottes sous-marines) et
- d’obtenir des milliers de données (photos, vidéos, échantillons biologiques, prélèvements hydrologiques).
On peut dresser un premier bilan :
- Les résultats disponibles confirment le fort taux d’endémisme avec la découverte de nombreuses espèces côtières et profondes. Pour les poissons l’endémisme est comparable à celui d’Hawaï, déjà considéré comme l’un des plus élevés du Pacifique. Certaines espèces, sous réserve des vérifications plus poussées, paraissent totalement inconnues du monde scientifique.
- De nouvelles associations biologiques entre coraux, mollusques, échinodermes et crustacés ont été observées.
- L’exploration des grandes profondeurs a révélé l’existence, inattendue, de véritables oasis sous-marins.
- Les fonds marins sont apparus très variés et très hétérogènes.
- L’écosystème marin marquisien est en équilibre. Il apparait exceptionnel dans la zone tropicale et pourrait constituer une référence scientifique mondiale.
Les suites de la campagne
Les données et observations acquises sont en cours de traitement et d’analyse par les différentes équipes scientifiques impliquées dans la campagne. Celles-ci font également appel, si nécessaire, à de nouvelles compétences et à des partenariats. En 2014, un colloque scientifique fera la synthèse de ces travaux, discutera des applications de ceux-ci pour les gestionnaires du milieu marin et esquissera les futures perspectives.











