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Les « filets fantômes » et autres engins de pêche perdus

Les pêcheurs sont régulièrement confrontés à la perte de leurs engins de pêche tels que lignes et hameçons ; plombs, leurres ; casiers, nasses ; filets, palangres… Ces engins perdus génèrent une perte financière pour les pêcheurs et peuvent également engendrer des impacts sur les espèces, les habitats et les paysages sous-marins.

Quelles sont les causes de pertes des engins de pêche ?

Majoritairement d’origine accidentelle, ces pertes peuvent être dues à :

  • un accrochage sur le fond,
  • une dérive des engins avec le courant, 
  • une méconnaissance des fonds (jeunes pêcheurs), 
  • des conflits d’usage (pêcheur / pêcheur, plongeur / pêcheur, plaisancier/pêcheur),

mais aussi parfois à :

  • de la malveillance et du sabotage,
  • des rejets volontaires.

Quels sont les impacts des engins de pêche perdus sur le milieu naturel ?

Les impacts sont multiples et concernent les espèces, les habitats et les paysages sous-marins. Les engins perdus peuvent aussi entraîner des pollutions, une entrave à la navigation et aux pêcheurs, l’introduction/la dispersion d’espèces invasives et des risques pour le plongeur et l’apnéiste.

Les impacts sur les espèces

La « pêche fantôme »

Les engins de pêche perdus, tels que filets, casiers, palangres, continuent leurs captures pendant très longtemps. Différentes espèces peuvent être prises au piège inutilement et la décomposition de ces prises peut attirer des prédateurs qui seront à leur tour pris au piège. C’est ce qu’on appelle la « pêche fantôme ».

Endommagement des espèces fixées

Les espèces benthiques fixées peuvent être arrachées ou nécrosées.

 

Les impacts sur les habitats

Tous les habitats sont concernés, qu’ils soient côtiers, au large, benthiques ou pélagiques. Les engins abandonnés peuvent recouvrir les habitats, colmater des cavités, générer une abrasion du substrat ou une accumulation de sédiment. Parfois, ils peuvent également être à l’origine de l’édification de nouveaux habitats.

Les impacts sur les paysages

Les paysages sous-marins sont directement modifiés par la présence des engins de pêche perdus. La beauté des paysages peut alors être altérée et par exemple nuire aux activités touristiques sub-aquatiques.

Comment évaluer l’impact de l’engin perdu ?

Plusieurs critères peuvent permettent d’évaluer l’impact environnemental et paysager de l’engin perdu : présence d’espèces piégées, d’espèces arrachées ou abimées, abrasion des fonds, modification du paysage, surface impactée, … En fonction de l’impact de l’engin perdu, il peut être décidé de l’enlever ou, dans de rares cas, de le laisser en place.

Des critères techniques entrent aussi en compte, pour évaluer la faisabilité de l’enlèvement de l’engin perdu, tels que la profondeur ou encore l’enragage de l’engin.

Exemples d’opération d’enlèvement de filets de pêche perdus

En Méditerranée

Une opération d’enlèvement des filets de pêche perdus dans le site Natura 2000 « baie et cap d’Antibes – îles de Lérins »

La prud’homie d’Antibes, Juan-les-Pins, Golfe-Juan a en effet souhaité mener une opération d’enlèvement des « filets fantômes » dans ce site, qui est aussi sa zone de pêche. Elle a été appuyée à cette fin par le Comité départemental des pêches maritimes et élevages marin (CDPMEM) des Alpes-Maritimes et par l’antenne locale de l’ex Agence des aires marines protégées.

L’Institut méditerranéen d’océanologie (MIO) et l’animateur du site Natura 2000, la ville d’Antibes, ont aussi été associés à l’opération.

Des plongées ont été effectuées sur les sites concernés afin de déterminer la faisabilité et l’intérêt de l’enlèvement. Dans la zone concernée, l’analyse a conclu à l’intérêt d’enlever tous les filets connus, ce qui a été fait par une entreprise locale spécialisée, d’octobre à décembre 2015.

Le projet RecupNet dans le Parc naturel marin du golfe du Lion

Le Parc naturel marin du golfe du Lion œuvre pour réduire la quantité de déchets marins afin de garantir un bon état du milieu et la pratique des activités maritimes dans de bonnes conditions. Comme toute activité, la pêche professionnelle est génératrice de déchets, contrôlés (matériel de pêche usagé) ou accidentels (engins de pêche perdus). De plus, les déchets marins, quel que soit leur nature, peuvent gêner cette activité. Le projet RECUPNET identifie les pistes de gestion de ces déchets et pose les bases d’actions en interaction avec les acteurs locaux, autour de trois volets :

  • état des lieux du gisement des filets usagés dans les ports du Parc, analyse des pratiques d’enlèvement et des pistes d’amélioration de leur traitement,
  • étude des déchets marins ramenés dans les filets par les pêcheurs professionnels et de l’impact sur leur activité,
  • cartographie des filets de pêche perdus en mer et des déchets volumineux (par enquête et par un système de signalement par mail au Parc), étude de leur impact sur l’environnement et mise en place d’une méthodologie d’enlèvement.

Une distribution de poubelles a été faite en juin et juillet auprès des pêcheurs volontaires, dans lesquelles ils jettent tous les déchets qu’ils récupèrent dans leurs filets. Un ramassage hebdomadaire par le Parc a été mis en place, afin de mieux connaître la quantité et la nature de ce qui est récupéré, dans une première phase de test du protocole.

En parallèle, une méthode de récupération de filets perdus en mer a été testée sur trois sites début juillet 2016, qui semble prometteuse. Les tests continueront sur d’autres filets, de manière à adapter les manipulations et le matériel en fonction de la nature des fonds, de la taille du filet, de la dangerosité de l’opération, etc.

RecupNet est un projet à long terme qui permettra de constituer petit à petit un réseau de « sentinelles de la mer ».

En savoir plus sur le site du Parc naturel marin du golfe du Lion :

Signalez un engin de pêche perdu ou un déchet marin volumineux

En Martinique

A l’occasion de la journée des océans, le 8 juin 2016, la mission d’étude pour la création d’un parc naturel marin en Martinique, la Direction de la Mer de la Martinique et l’association de protection de la mer L’ASSO-MER, ont procédé, avec la collaboration des marins pêcheurs,  à l’enlèvement d’un filet abandonné par 20 mètres de fond dans le secteur de la pointe des Nègres.

L’importance du recensement

Pour pouvoir agir sur ces engins perdus, leur recensement est primordial.

En Méditerranée, l’Institut méditerranéen d’océanologie (MIO) a créé une base de données géoréférencées « Ghost-Med » pour stocker les observations, qu’elles viennent des gestionnaires, de campagnes scientifiques ou des usagers du milieu marin (plongeurs par exemple).
Un questionnaire mis en ligne permet d’ailleurs au grand public de renseigner ses propres observations : http://mio.pytheas.univ-amu.fr/Ghost-med/.